Sur les 15 navigateurs solitaires initiaux, 12 s’attaquent désormais à l’étape la plus difficile de cette circumnavigation de 24 000 milles.

● Trois abandons aux Fidji : Mike Blenkinsop (n° 99 Delja99), alias Popeye, et John Blenkinsop (n° 100 DELJA 100), le duo père-fils, ont épuisé leur budget et n’ont pas réussi à trouver de sponsors. Dan Turk (n° 20 LITTLE BEA / CA) a annoncé que des problèmes de santé imprévus l’obligeaient à abandonner prématurément.
● De grandes décisions doivent être prises alors que les alizés commencent à faiblir dans l’océan Indien, mais avant cela, il faut atteindre la Grande Barrière de Corail.
● La flotte des Globe 580 est attendue au Cap début décembre, juste à temps pour Noël.

Dans une ambiance à la fois émouvante et historique, 12 intrépides navigateurs solitaires ont quitté les Fidji le samedi 26 juillet pour s’embarquer dans l’étape la plus périlleuse de la McIntyre Mini Globe Race (MGR) : un voyage de 10 000 milles nautiques à travers l’océan Austral jusqu’au Cap, en Afrique du Sud.
La flotte de voiliers identiques de 5,8 mètres (19 pieds) en contreplaqué ALMA Globe 580, tous construits à la main dans des garages et des jardins, a quitté Vuda Marina au son émouvant des chants d’adieu fidjiens et d’un guerrier fidjien soufflant dans un « DAVUI », un cornet traditionnel en coquillage, sous les yeux d’une pirogue traditionnelle Drua « I Vola Sigavou » qui les escortait vers le large. Ces adieux, marqués par des embrassades et des larmes, ont souligné les liens profonds tissés au cours de leur escale de cinq semaines aux Fidji, un havre où ils ont pu se reposer, réparer leurs bateaux et profiter de la chaleureuse hospitalité fidjienne.
Un départ difficile
Sous des vents légers, les 12 petits mais puissants Mini se sont regroupés sur la ligne de départ pour les manœuvres de pré-départ, en attendant le signal donné par le navigateur traditionnel fidjien et capitaine Seta Ledua, à bord du Drua. En voyant la flotte contourner la première marque avant de remonter au vent, à la recherche de la brise marine, il était difficile d’imaginer ce qui attendait ces marins intrépides. Une fois sortis du lagon et des récifs fidjiens quatre heures plus tard, ils ont dû affronter une mer agitée et courte, avec des vents de 20 à 30 nœuds soufflant de l’est, qui ont mis leurs compétences à l’épreuve dès leur première nuit en mer, après avoir connu le confort fidjien. Entre léthargie, fatigue et manque de sommeil, l’acclimatation n’a pas été facile. Pourtant, la flotte a maintenu une vitesse moyenne impressionnante de 5 nœuds, se dirigeant vers son premier obstacle majeur : la navigation dans la Grande Barrière de Corail, à 1 800 milles au nord-ouest.

Cette troisième étape comprend six sections, avec des escales obligatoires durant de 5 à 9 jours. Elle relie les Fidji à l’île Thursday ou à Darwin (mais pas les deux), puis aux îles Cocos (Keeling), Rodrigues, Maurice, Durban et enfin au Cap. La traversée entre Maurice et Le Cap est de loin la section la plus difficile de tout le tour du monde, où la survie primerait souvent sur la course.
Débuts mouvementés
● Jakub Ziemkiewicz (n° 185 BIBI / IE) a pris le départ avec une oreille infectée suite à une plongée en apnée avant la course, ce qui le rendait lent et « hors jeu », sans savoir s’il souffrait du mal de mer ou d’une autre affection. Malgré les antibiotiques, il était déterminé à continuer.
● Christian Sauer (n° 103 Argo / DE) navigue toujours avec des douleurs aux ligaments de l’épaule et souffre désormais d’un manque de performance, qu’il attribue à une mauvaise répartition du poids de sa nourriture et de son eau : « C’est comme conduire avec le frein à main serré. »
● Jasmine Harrison (n° 88 NUMBATOU / UK) a surmonté des problèmes critiques liés à la girouette, causés par une mauvaise installation de l’Hydrovane : les fixations inférieures avaient été trop serrées, bloquant le gouvernail. Après deux nuits blanches à barrer manuellement et à tenter des réparations en pleine mer, elle a finalement réussi à résoudre le problème.
● Adam Waugh (n° 170 LITTLE WREN / UK) a également rencontré des problèmes de pilote automatique, mais il a depuis trouvé son rythme et profite pleinement de la traversée.

La route à venir : dangers et stratégie
Les marins doivent désormais prendre des décisions délicates :
● Traversée de la Grande Barrière de Corail : choisir un passage étroit à travers le récif extérieur (un zigzag de 100 milles entre les coraux, en s’appuyant sur le GPS de nuit) ou une entrée plus longue mais plus sûre au nord ?
● Arrivée en Australie – Les strictes lois de biosécurité exigent une déclaration préalable aux douanes et aux services frontaliers, sous peine de sanctions en cas d’introduction d’espèces envahissantes.
● Choix de l’itinéraire – Thursday Island (le territoire des crocodiles) permet un accostage en canot, tandis que Darwin offre plus de confort (marina, restaurants) mais ajoute une complexité tactique et un risque de vent arrière.

L’océan Austral approche
Après l’Australie, le véritable défi commence :
● Îles Cocos (Keeling) : un bref répit paradisiaque avant l’océan Indien.
● De Maurice à Durban : les dépressions de l’océan Austral se manifestent, avec des vents imprévisibles. Finis les alizés !
● De Durban au Cap : le courant des Aiguilles, orienté vers le sud, entre en collision avec les tempêtes de l’océan Austral, créant des mers particulièrement dangereuses.
● « C’est ici que se forgent les légendes », a déclaré Don McIntyre, fondateur de la MGR. « Ces bateaux sont petits mais solides, et leurs skippers sont des leaders responsables, prêts à relever le défi. »
Une compétition serrée
● Dan Turner (n° 05 IMMORTAL GAME / AU) mène le peloton avec une légère avance.
● Renaud Stitelmann (n° 28 Capucinette / CH) reste en tête du classement général après les étapes 1 et 2, avec une avance d’un jour et 14 heures sur Dan Turner au départ de l’étape 3.
● Keri Harris (n° 47 ORIGAMI / UK) a pris le risque d’une route nord pour éviter une zone sans vent, une stratégie qui pourrait payer.

Citations
Don McIntyre, fondateur de la MGR :
« C’est le moment décisif. Ce n’est plus juste une course sous les alizés ; des choix stratégiques vont déterminer le vainqueur. L’océan Austral est une autre histoire. »
Adam Wade, directeur de Vuda Marina Fiji :
« Les Fidji les ont accueillis comme des leurs. Leur courage nous inspire, et nous avons hâte de les revoir en 2029 ! »
Suivez l’aventure
La progression est suivie en direct sur Facebook et YouTube, avec une arrivée prévue au Cap début décembre. La dernière étape vers Antigua débutera le 28 décembre, après une pause de Noël.
Une page d’histoire s’écrit : un tour du monde à la voile sur les plus petits bateaux jamais conçus pour un tel exploit. L’océan Austral les attend.
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