Des skippers solitaires affrontent le Pot-au-Noir, les pannes techniques et des envahisseurs à plumes dans un défi sans précédent pour petits voiliers – 5e semaine de l’étape 2
- Rafales, éclairs, fournaise à 36°C, vie sous une pluie de fientes d’oiseaux… le rêve absolu !
- Construisez votre bateau, naviguez sur votre bateau : le rêve extrême devient réalité pour 15 marins d’exception !
- Les ALMA Globe 580, de véritables petits bolides, affichent une moyenne de 126 milles par jour sur la traditionnellement lente traversée Panama/Marquises (4 300 milles), avec une vitesse moyenne de 5,25 nœuds sur 34 jours, réduisant à néant les prédictions des experts !
- Le Starlink Mini révolutionne la vie des skippers solitaires : soirées romantiques en visio, films en streaming, réseaux sociaux… et ce, 24h/24 !

Force est de constater que la première édition de la McIntyre Mini Globe Race est en train de prouver son credo : pas besoin d’un budget colossal pour réaliser ses rêves, faire le tour du monde en solitaire, et vivre l’adage « PETIT BATEAU – IMMENSE AVENTURE ». La flotte de 15 ALMA Globe 580 a déjà bouclé une qualification transatlantique de 3 600 milles entre Marina De Lagos (Portugal) et la National Sailing Academy d’Antigua. Puis, les skippers ont entamé un tour du monde en solitaire de 24 400 milles, divisé en cinq étapes. La première, 1 200 milles jusqu’à Panama, puis la seconde, 7 300 milles jusqu’aux Fidji. Actuellement, les 15 skippers vivent leur aventure à fond ! Voici un aperçu de leur incroyable épopée, cinq semaines après leur départ de Panama, alors qu’ils atteignent enfin les Marquises, à 4 300 milles de là.
Hiva Oa, Îles Marquises – La deuxième étape de la Mini Globe Race (MGR), entre Panama et les Fidji, s’est transformée en l’un des défis nautiques les plus extraordinaires jamais relevés par de si petits voiliers. La flotte internationale de ALMA Globe 580, des yachts identiques en contreplaqué de 19 pieds, est désormais dispersée sur près de 1 000 milles nautiques dans l’océan Pacifique. Alors que les premiers bateaux viennent d’arriver aux Marquises après 34 jours éprouvants en mer, leurs récits tissent une toile de résilience humaine, d’ingéniosité et d’absurdités ponctuelles, face à l’immensité du Pacifique.

Le Creuset du Pot-au-Noir
Le premier défi survint peu après le départ de Panama, avec les calmes oppressants de la Zone de Convergence Intertropicale (ZCIT). Le Canadien Dan Turk (LITTLE BEA) raconte : « Cinq changements de voile en quatre heures – mon enfer personnel. Les grains tombaient comme une horloge à 2h du matin, avec des vents tournant de 180° en quelques secondes. »

L’Irlandais Jakub Ziemkiewicz (BIBI) décrit l’impact psychologique : « Dans le Pot-au-Noir, ton monde se réduit à une boîte minuscule et étouffante. Le bateau ne bouge pas, ta peau se couvre de rougeurs, et le temps semble s’étirer sans fin. » Ziemkiewicz a eu recours à des cataplasmes à l’ail pour soigner ses plaies infectées par l’eau salée, un remède transmis par sa grand-mère.

L’Américain Josh Kali (SKOOKUM) adopta une approche philosophique : « Après avoir été bloqué par des tempêtes dans l’Alaska Range, ce n’était qu’une autre forme de confinement. Au moins ici, je voyais l’horizon. » Pour se divertir, il organisa une cérémonie traditionnelle de passage de l’équateur, avec un caleçon sur la tête, comme le veut la tradition navale.
La Rupture des Alizés : La Flotte se Scinde
Une fois les alizés du sud-est atteints, des écarts spectaculaires se creusèrent :
- Renaud Stitelmann (#28 CAPUCINETTE / CH) se transforma en automate, survivant avec des siestes de 45 minutes tout en maintenant un rythme effréné. « Je rêve de régler mes voiles », avoua-t-il dans un rare moment de franchise. Son arme secrète ? Une cocotte-minute arrimée au plancher, produisant « un coq au vin qui ferait rougir un bistrot parisien. »
- Christian Sauer (#103 Argo / DE) dut faire une escale d’urgence de 36 heures aux Galápagos pour se faire prescrire des médicaments contre de graves problèmes cutanés.
- Le duo Blenkinsop (POPEYE et John, DELJA 99 & 100 / AU), enfin sorti de Panama avec trois semaines de retard, commença à grignoter son retard. Leurs échanges radio quotidiens, mêlant tactique et débats enflammés sur les statistiques du cricket (grâce au Starlink), sont devenus un incontournable. « Papa pense que Bradman était surcoté », se plaint John. « C’est comme naviguer avec un hérétique. »
Les Cauchemars Techniques
Les conditions extrêmes ont révélé les faiblesses des bateaux, même les mieux préparés :
- Adam Waugh (#170 LITTLE WREN / UK) découvrit que son cadre de pilote automatique était fissuré. Sa solution de fortune – deux colliers de serrage reliés – fit sensation. « On dirait un accessoire de Mad Max, mais ça tient depuis 2 000 milles. »
- Christian Sauer (#103 Argo / DE) enchaîna les pannes : « D’abord le clamp du Windpilot a lâché, puis mes panneaux solaires, puis mes infections cutanées. Certains jours, le Pacifique semble me tester personnellement. » Ses batteries, incapables de se recharger, le contraignent à naviguer en mode « dark ship », tout éteint, hormis les feux de navigation la nuit.
- Eric Marsh (#79 SUNBEAR / AU) perdit son alimentation électrique pendant 36 heures. « J’ai navigué au sextant comme en 1968 lors du Golden Globe. Dieu merci, les nuits étaient dégagées – au moins, je voyais les étoiles. »
- Pilar Pasanau (#98 PETER PUNK / ESP) dut barrer manuellement pendant 36 heures après une panne de pilote. « J’ai attaché la barre à ma jambe pour somnoler par intermittence. Maintenant, j’ai des marques de bronzage de hyène rayée. »
- Gary Swindial (#111 Question 2 / AU), victime de retards logistiques, n’a pas pu antifouler son bateau. Résultat : une infestation de bernacles le ralentit chaque jour un peu plus.

La Grande Guerre des Fous
En approche des Marquises, un adversaire inattendu surgit en nombre inhabituel : les fous à pieds rouges, qui transformèrent les voiliers en perchoirs. Jasmine Harrison (NUMBATOU) documenta l’escalade :
« Au début, c’était juste un oiseau – mignon, même. Puis ses amis sont arrivés. Bientôt, j’ai eu une troupe de squatteurs emplumés couvrant chaque surface de guano. » Ses tentatives de diplomatie échouèrent quand les oiseaux commencèrent à la picorer pendant les manœuvres. Sa solution – agiter une poêle en hurlant comme une banshee – devint légendaire.

D’autres rencontres furent plus pacifiques : Dan Turner (#05 IMMORTAL GAME / AU) vit des dauphins jouer dans son étrave au coucher du soleil, tandis qu’Ertan Beskardes (#01 TREKKA / UK) hébergea une hirondelle épuisée pendant une journée. Gary Swindial tente même de les dresser comme vigies, avec des poissons en guise de pot-de-vin.
Gastronomie en Plein Abîme
Lassés des repas lyophilisés, les compétiteurs firent preuve de créativité :
- Josh Kali (#157 SKOOKUM / US) éleva le thon en boîte au rang de haute cuisine avec son « Five-Star Tuna Surprise » (riz instantané, tomates séchées et les dernières gouttes de Sriracha), servi sur un frisbee trouvé sur une plage.
- Jakub Ziemkiewicz (#185 BIBI / IE) utilisa du miel polonais comme liant pour ses pancakes, « maintenant, ils tiennent même par gros temps. »

- Pilar Pasanau se sustenta avec des délices espagnols : poulpe en boîte et haricots au paprika.
- Eric Marsh (#79 SUNBEAR / AU) se révéla boulanger talentueux, produisant des petits pains moelleux malgré l’humidité.
Les Jeux de l’Esprit
L’isolement prolongé affecta différemment les skippers, surtout les 11 équipés de Starlink, qui brouilla les frontières entre solitude et connexion permanente.
- Christian Sauer (#103 Argo / DE) connut des moments de lucidité intense : « La nuit, quand le bateau surfe sur les vagues, je me sens connecté à quelque chose de plus grand. Puis un grain arrive, et je me remets à jurer en allemand. »
- Jasmine Harrison (#88 NUMBATOU / UK) lutta contre les hallucinations dues au manque de sommeil : « J’ai eu une conversation avec mon Hydrovane avant de réaliser qu’il ne répondait pas. »
- Ertan Beskardes (#01 TREKKA / UK) maintint un semblant de normalité : « Je me douche deux fois par jour pour me sentir humain. Parfois, je m’habille pour dîner – les poissons s’en fichent si je porte ma belle chemise. » Son Starlink lui permet de suivre l’actualité, passer des appels vidéo et gérer ses affaires.
Pour Dan Turner (#05 IMMORTAL GAME / AU), chaque jour est une victoire : « Je n’avais jamais rien construit de ma vie, je ne savais même pas utiliser un rabot. Et maintenant, je fais le tour du monde sur mon propre bateau. » Ses « soirées romantiques » en visio avec sa femme (qu’il surnomme « Sexy Wife ») sont devenues un rituel.

L’Arrivée en Vue
Le 28 avril, Renaud Stitelmann (#28 CAPUCINETTE / CH) menait la flotte avec seulement 15 heures d’avance après 4 300 milles. Les autres skippers approchaient :
- Dan Turner (#05 IMMORTAL GAME / AU), 2e, aperçut la terre lors d’un appel satellite : « Une île ! Là, juste là ! Désolé, je suis un peu excité… »
- Keri Harris (#47 ORIGAMI / UK), 3e, handicapé par l’absence d’une voile downwind critique.
- Pilar Pasanau (#98 PETER PUNK / ESP), 4e, heureuse d’arriver.
- Les Blenkinsop, toujours synchronisés, espèrent rattraper la flotte aux Fidji.

Contexte Historique
Graham Cox, historien officiel de la MGR, souligne l’importance de cette traversée : « TREKKA de John Guzzwell avait parcouru cette même route en 1955, avec un record de 198 milles en un jour. Aujourd’hui, les marins ont de meilleures prévisions et communications, mais le défi reste inchangé : l’homme contre le plus grand océan, dans le plus petit bateau viable. »
Don McIntyre, fondateur de l’événement, salue les rapports détaillés de Cox : « Aucune autre course n’a jamais offert un tel niveau de récit. Ces écrits, disponibles sur le site de la MGR, sont de véritables œuvres littéraires. »

Et Maintenant ?
Après une escale obligatoire de 8 jours, les skippers affronteront l’archipel des Tuamotu, un labyrinthe de 750 milles peuplé d’atolls coralliens meurtriers, surnommé « les Îles des Naufrages ».
Don McIntyre conclut : « Cette étape a montré de quoi ces marins – et ces petits bateaux – sont capables. Quand nous avons lancé la MGR en 2020, beaucoup se demandaient “Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ?!”. Ils peuvent arrêter. Près de 300 ALMA Globe 580 sont désormais en construction dans 37 pays. Mais le Pacifique n’a pas encore dit son dernier mot. Une vraie aventure reste imprévisible. À suivre. »




